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Créé au lendemain de la Seconde Guerre mondiale pour symboliser la réconciliation et la coopération entre les peuples européens, le jumelage est devenu au fil des décennies un véritable outil de développement de la citoyenneté participative et du sentiment d’appartenance à l’Europe. Jean Bareth, l’un des pères fondateurs du jumelage, le définissait comme étant « la rencontre de deux communes qui entendent s’associer pour agir dans une perspective européenne, pour confronter leurs problèmes et pour développer entre elles des liens d’amitié de plus en plus étroits ». Conclus entre des villes de pays européens différents, les jumelages ou les coopérations, permettent le partage de bonnes pratiques autour de problématiques communes, la mobilité et l’ouverture ainsi que le soutien à des projets portés par les acteurs des territoires. Réelle richesse culturelle et sociale, le jumelage et la coopération se trouvent dans l’ADN même de la Maison de l’Europe – Europa Nantes qui a constitué, il y a bientôt cinq ans, une commission dédiée regroupant une quinzaine de membres.

Entretien avec Philippe Maindon, en charge de la Commission Coopérations et jumelages de la Maison de l’Europe- Europa Nantes, pour en savoir davantage sur son rôle, les actions quotidiennes et les projets à venir.

 

Information, conseil, animation, appui à la mobilité :  les champs d’action de la Commission Coopérations et jumelages

La Commission Coopérations et jumelages a été créée il y a cinq ans afin d’animer cette thématique. Elle permet notamment le suivi et l’organisation d’un événement annuel réunissant les comités de jumelage et de coopération de l’ensemble du département de la Loire-Atlantique. Cette journée initiée par Anne Plaud, Présidente de la Maison de l’Europe – Europa Nantes et Martine Buron, Présidente de la Fédération Française des Maisons de l’Europe, a connu un succès grandissant au fil des ans qui a nécessité la mise en place d’une commission structurée. « Sur les 220 communes que comptent actuellement le département de la Loire-Atlantique, près de 150 sont jumelées ou coopèrent avec une autre ville. Cette commission a pour objectifs d’informer sur les questions européennes, de faciliter la création de nouveaux jumelages en permettant un accompagnement et une mise en réseau sur le territoire » rappelle Philippe Maindon.

Chaque année la Commission encourage le développement des échanges et de la mobilité entre villes européennes. « Ses actions sont destinées aussi bien aux élèves de classes primaires qu’aux séniors, en passant par les jeunes actifs et familles. De nombreuses animations sont ainsi organisées dans des cadres scolaires comme la semaine européenne pour sensibiliser les publics les plus jeunes. D’autres actions sont également menées pour encourager la mobilité ». Philippe Maindon affirme même que la mobilité est au cœur des activités des comités de jumelage et de coopération : « Qu’est-ce qu’être un citoyen européen, me demandez-vous ? C’est faire l’apprentissage de la citoyenneté européenne. Être européen est un processus, une démarche dynamique qui commence dès le plus jeune âge et se poursuit à l’âge adulte. Et la mobilité est le meilleur outil pour permettre cette recherche active ». Toujours selon notre interlocuteur de la Commission, « se déplacer dans un pays de l’Union européenne, pouvoir y étudier ou y travailler, y découvrir une culture et une langue, s’y sentir suffisamment à l’aise pour y décider d’y vivre, c’est cela l’apprentissage de la citoyenneté européenne. La mobilité en est le vecteur. »

Les comités de jumelage favorisent ainsi les échanges à l’étranger en proposant notamment des camps d’été chaque année dont bénéficient près de 1000 jeunes sur le territoire de la Loire-Atlantique, ou bien des projets de mobilité autour de thématiques sportives et culturelles permettant de faire découvrir des spécificités du pays. Ces partenariats, souvent établis hors cadre scolaire, ciblent également des publics plus éloignés des questions européennes et permettent ainsi à des jeunes et des adultes d’expérimenter pour la première fois un séjour dans un autre pays.

 

Liens d’amitié, échanges, partage : les bonnes pratiques des villes jumelées

Les villes jumelées ou qui coopèrent sont en contact permanent les unes avec les autres. Philippe Maindon le souligne, « il ne se passe pas un mois sans qu’une ville échange avec sa jumelle ». Ce lien très actif se traduit par l’organisation d’événements communs, par l’invitation à des manifestations annuelles etc. Ainsi, durant le confinement, de nombreuses villes du territoire comme Carquefou et Clisson ont conservé des échanges avec leurs villes jumelles et proposé de nouvelles formes de contenus interactifs en ligne. Un exemple concret que, plus que jamais durant cette crise sanitaire, les européens ont souhaité communiquer entre eux et maintenir en vie ce lien d’amitié. Les jumelages jouent ainsi un rôle crucial dans les périodes difficiles.

La Commission Coopérations et jumelages prépare actuellement sa prochaine rencontre entre tous les acteurs du département prévue le 17 octobre 2020 dans un format adapté à la situation sanitaire actuelle. Comme chaque année, l’événement réunira des experts, des personnalités politiques, des acteurs associatifs, des entreprises et des citoyens de tout âge pour célébrer l’Europe et réfléchir à de nouveaux formats de coopération. L’an dernier, une dizaine de représentants de collèges et lycées avaient participé à cette journée autour de la thématique « Les jeunes et l’emploi » pour découvrir le volet formation professionnelle du dispositif Erasmus+. L’après-midi, différents ateliers étaient organisés pour répondre aux problématiques du quotidien des villes jumelées.

Proximité, échange de bonnes pratiques, information, mobilité, mise en réseau, tels sont les champs d’action menés par les villes jumelées et coordonnés par la Commission Coopérations et jumelages de la Maison de l’Europe-Europa Nantes. Pendant la pandémie, l’Europe a pu voir émerger de nombreux exemples de solidarité entre villes européennes. L’Europe de demain devra continuer à s’inspirer de ces modèles d’entente et de coopération.

Tribune de Philippe Maindon,

en charge de la Commission Coopérations et jumelages de la Maison de l’Europe Nantes

La pandémie dans l’Europe, les réactions des peuples par la solidarité, les Etats par le protectionnisme.

Nous venons de fêter le 70ème anniversaire du discours de Robert Schuman, homme politique, dont le véritable but était la construction européenne.  Il trouva alors le soutien de Jean Monnet, de l’italien Alcide de Gasperi et de l’Allemand Konrad Adenauer. Ces trois hommes politiques sont encore aujourd’hui surnommés « les pères de l’Europe ».

Le traité de Paris signé en 1951, qui instaure la communauté européenne du charbon et de l’acier entre six Etats européens, deviendra plus tard l’Union européenne. La base de cette Union sera de garantir la paix avec pour leitmotiv « pas de paix entre les Etats sans réconciliation entre les peuples. »

Le Conseil des Communes d’Europe qui sera fondé en 1951, prend l’initiative de promouvoir les jumelages afin de développer l’esprit européen dans les communes et collectivités locales.

Il n’est pas un discours, depuis le début des échanges organisés par les comités de jumelage ou de coopérations, qui n’ait rappelé ces points d’histoire ni qui insiste aujourd’hui sur la période de paix que nous vivons en Europe.

L’action des jumelages et des coopérations a permis de tisser et d’ancrer des liens entre territoire transnationaux. Ils sont devenus assez forts au fil du temps pour entreprendre les dialogues sur des sujets sociétaux sensibles : l’immigration, la santé, la retraite, l’emploi, …. Les Etats ont façonné l’Union qui nous a donné la monnaie l’Euro, ainsi que des règles et les différents traités qui ont été signés.

Le chemin parcouru n’est pas un long fleuve tranquille. Des crises se succèdent, l’édifice tient bon mais il reste fragile. Nous avons pris conscience avec la crise financière, puis de l’immigration, du danger réel qui menaçait l’éclatement de l’Union ; le peuple grec avec la crise financière et l’Italie avec l’immigration. Nous pensions que les Etats avaient compris l’intérêt pour l’Union européenne de s’entendre, de trouver et de rechercher des consensus pour apporter des solutions ensemble. Malheureusement à chaque crise, c’est le chacun pour soi et le retour au protectionnisme.

La compétence sanitaire n’est pas reconnue par l’Union européenne mais ce sera pourtant bien ensemble que nous nous en sortirons, par la solidarité entre Etats. Le peuple européen italien qui est durement touché par le virus, avec plus de 30000 morts, a une nouvelle fois constaté que l’Union européenne l’abandonne. Des équipements de santé qui leur étaient destinés sont détournés.

Les Etats ont-ils perdu leur boussole et l’intérêt commun ou se sont-ils seulement égarés pendant ces crises ? Édouard Herriot dit « tout oppose les Etats, tout rassemble les communes ».

Face aux actions des Etats, les jumelages et les coopérations, pendant cette période de confinement, ne sont pas restés inactifs. Les jumeaux ont continué à échanger différemment, faute de rencontres et de projets qui ont été annulés ou reportés. Ils ont su préserver les liens qui les unissent, chacun entretenant ses relations avec son jumeau par l’échange, le dialogue numérique, le courrier, les blogs.  Ils sont inventifs, créatifs, avec des projets d’un nouveau concept, des jeux, ou encore des recettes de cuisine.  La solidarité des citoyens européens est au cœur de leurs échanges et est une idée pour le pouvoir politique européen.

La presse à grand tirage dans l’Union européenne qui soutient la politique européenne a su manifester un même jour avec en titre « le sursaut européen ».

Nous constatons que rien n’est acquis, il faut être en permanence à l’écoute de notre jumeau, apporter l’aide si nécessaire. Le jumelage repose sur un double engagement celui des collectivités partenaires au travers de leurs instances délibérantes mais aussi des habitants et des structures locales qui sont les acteurs et les bénéficiaires de cette démarche.

L’union Européenne, ses commissions ont ce double engagement : celui des Etats partenaires au travers de leurs instances délibérantes et le Parlement qui sont des acteurs dont le bénéficiaire est le peuple européen. Un rendez-vous se met en place entre le pouvoir politique et le citoyen européen tous les six ans pour élire nos députés. Ce n’est pas suffisant pour maintenir une relation ou un espace d’échange de dialogue et de solidarité. Ce rôle est aujourd’hui tenu par les jumelages, les réseaux de coopérations et il fait la preuve d’une solide entente entre les peuples européens.

Chaque crise démontre que les Etats partenaires se replient sur eux-mêmes dans un protectionnisme de plus en plus fort. Là est le réel danger, de voir cette Union européenne qui nous protège se fracturer davantage.  La France et l’Allemagne, moteurs de cette Union, l’ont bien compris par le projet financier qu’ils proposent actuellement à l’ensemble de l’Union pour aider les Etats européens à sortir de cette crise sanitaire.

L’avenir de l’Union est notre avenir. Il est bien de regarder plus loin ensemble, politiques et citoyens européens, avec nos institutions et notre solidarité. Unis dans la diversité.